Les autres créatures ma plage

Jeudi 3 juillet 2008

Vous l’attendiez, vous en rêviez, voilà la suite des spécimens, ces gens qu’on croise tous les jours, toutes les semaines ou une seule fois, comme ça par hasard. Parfois c’est quelqu’un de tout à fait banal, sans aucun intérêt, parfois c’est quelqu'un qui correspond au parfait cliché, et parfois c’est quelqu'un d’original. Aujourd’hui je vous présente une personne qui appartient à la dernière catégorie.

La première fois que je l’ai vu c’était un jour ordinaire. Un peu gênée de ne savoir pas trop quoi raconter à table avec mes collègues de bureau. Rien d’intéressant dans les conversations alors je regarde autour de moi. La cantine ou plutôt le restaurant d’entreprise ça c’est génial !

J’adore aller à la cantine parce qu’il y a pleins de gens. Et comme toute fille qui se respecte j’adore regarder les gens. Je les vois passer et je ne sais pas trop à quoi je pense : imaginer leur nom, leur boulot, leur vie, « tiens il a pris des pâtes, et une bière ». Et ce qu’il y a de bien dans ma cantine c’est qu’il y a pleins de gens différents : des cadres, des chercheurs, des jardiniers, des directeurs, des stagiaires et même des secrétaires. Parfois on ne s’assoit pas loin d’un gang de secrétaires, c’est le festival. J’avoue il m’arrive d’écouter leur conversation. Souvent elles râlent après leur patron ou leurs collègues mais elles en reviennent toujours à ragoter.

 

Et puis un jour, les yeux dans le vague je regardais les gens prendre leurs couverts et il est apparu. Je l’ai repéré parce qu’il était à la fois effrayant et triste. « Mon psychopathe » (c’est son petit nom) est toujours vêtu d’une chemise, d’une cravate et d’un costume trop grand, et si possible, tout cela n’est pas très bien accordé. Sa chemise est souvent bleue, parfois jaune et son costume est toujours gris, parfois rayé mais que la veste.

Mon psychopathe il a un regard de psychopathe et c’est pour ça que je lui ai donné ce nom. Il a des très très gros sourcils qui ne se rejoignent pas et des yeux exorbités et c’est pour ça qu’il fait peur.

Mon psychopathe il mange toujours tout seul et c’est un peu pour ça qu’il a l'air triste. Il se met toujours en bout de table à une place d’écart des autres personnes. Une fois qu’il a choisi sa place, il fait des allers-retours au stand « verres-couverts-sauces-pain-fontaine à eau », il en profite pour regarder les gens. Ensuite il s’installe en veillant à bien remettre sa cravate le long de son torse. Il prend ses couverts et c’est parti. Il mange à toute allure en jetant des regards inquiets autour de lui, un peu comme si on allait lui piquer sa bouffe ou lui sauter dessus. Il mange frénétiquement une dizaine de bouchées et pose subitement ses couverts. Sur le qui-vive, il observe les personnes qui l’entourent, quand son regard est sur le point de croiser le mien, je me détourne, par peur d’être prise en flag. Il s’essuie les commissures et boit un verre d’eau à la mode écureuil : les deux mains sur le verre, quelques goulées très rapides. Je ne connais pas ses habitudes alimentaires parce que je suis trop absorbée par son comportement pour regarder ce qu’il y a dans son plateau. Une fois, il a pris de la tarte au chocolat (je m’en souviens parce qu’il y en avait plus quand je suis passé, grrr !).

J’ai révélé l’existence de mon psychopathe à mes collègues et ils me signalent sa présence quand ils l’aperçoivent. A chaque fois ils me donnent un défi : aller m’installer avec, discuter, demander son numéro, savoir ce qu’il fait comme job. Je me fais charrié « ben vas lui dire que t’es amoureuse » (s’ils savaient, les pauvres…). Evidemment je suis bien trop trouillarde (je vous ai dit qu’il me faisait peur…mais euh… !), j’irai jamais ! Et aussi parce que le le respecte mon psychopathe, je me fous de sa tête un peu mais je le respecte (oui c'est possible!).

 

C’est un peu étrange parce qu’il a vraiment un regard bizarre mais il paraît surtout super seul, et il me fait un peu pitié parfois. Alors quand je ne le vois pas à la cantine, un midi, je m’inquiète un peu. Le mois dernier il a disparu pendant 3 jours et j’ai eu peur de jamais le revoir mais finalement il est réapparu…j’étais un peu triste parce qu’au fond, je l’aime bien mon psychopathe, il égaye mon midi. S’il le savait il serait p-e moins triste…

Par PinceDeCrabe
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Lundi 23 juin 2008

Quelques soit le lieu, l’endroit, le milieu, l’activité, on retrouve toujours les même types de personnages. Un peu comme s’il y avait un schéma à respecter, une sorte de pièce où les rôles sont distribués. Quand ça me prendra, quand j'aurai un peu d'inspiration et un beau spécimen, je vous le présenterai. Aujourd'hui deux specimens assez communs :

 

Le/la passionné(e) : ne parle que de ça, de son taf, ne vit que par ça. Capable de venir à 6h du mat’ et de repartir à 22h (voir plus) pour accomplir son devoir. A la pause, à la machine à café, au déjeuner, quelque soit la conversation, le/la passionné(e) trouve toujours un moyen de raccrocher la conversation à un truc super intéressant concernant le boulot. Contre toute attente, il/elle a quand même une vie sociale bien remplie, tout un tas d’amis prêt à le/la recevoir pendant les vacances. Le/la passionné(e) est très respecté(e) pour tout ce qu’il/elle (ça me saoule de mettre les deux à chaque fois, tant pis pour la parité, ça sera ttes des filles ! parce que je suis une rebelle) réalise, pour ses avis éclairés en cas de situation difficile. La passionnée n’est pas pour autant jalousée car elle traîne souvent une réputation de « vieille fille » et certaines langues de pute (rooo comment c’est grossier !) diront que ses amis ont pitié d’elle (tous des jaloux !). N’en déplaise à certain, la passionnée est toujours de bonne humeur et tout va toujours pour le mieux.

 

La fouine : fouille, farfouille, fou la trouille. Tel l’insecte espion du Cinquième Elément, la fouine se glisse doucement partout pour surveiller, espionner, épier vos moindre faits et gestes. Mais ce que la fouine apprécie par dessus tout c’est de contrôler les entrées/sorties, vérifier les présences/absences. Si qqun manque à l’appel, la fouine mettra un point d’honneur à savoir pourquoi, puis telle une justicière en mission, elle se renseignera pour « savoir si tout va bien ». Un peu comme prise d’une panique incontrôlée, la fouine se doit de veiller sur son peuple, s’inquiète de la moindre absence injustifiée ou non répertoriée. Investie d’une mission de la plus haute importance, elle s’assurera que le peuple remplit aussi sa mission. Ainsi, il est légitime que la fouine utilise tout un tas de stratagèmes : dire bonjour le matin à tout le monde en passant dans chaque bureau lui permet de vérifier les présences, annoncer la pause café lui permet de jeter un coup d’œil sur les écrans des PC. Elle profite également de chaque aller à la photocopieuse pour observer les gens, très bien cachée derrière la vitre. Parfois un peu fourbe, la fouine prétexte avoir oublié qqchose pour rentrer sans frapper dans votre bureau et ainsi jeter un coup d’œil à vos occupations. Fidèle et/ou un peu focue, on ne saura jamais si les renseignements récoltés seront utilisés.

Par PinceDeCrabe
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Vendredi 20 juin 2008

Je ne ferai jamais de thèse parce que :

-         tu fais tout et c’est pas toi qui signes les articles

-         ton directeur de thèse te prend pour une biquette

-         et en plus c’est lui qui a son nom en premier dans les articles que tu rédiges

-         tu parles que de trucs en rapport avec ta thèse…

-         …même si la discussion, à l’origine, c’était sur l’épisode de Dr. House de la veille

-         tu intègres le groupe obscur des doctorants

-         personne ne comprend ce que tu racontes

-         tu finis tard le soir parce que les doctorants finissent tard le soir

-         t’es convaincu de l’intérêt de ta thèse alors que tout le monde s’en fou

-         t’es payé rien du tout

Je ne ferai jamais de thèse…beurk !

Par PinceDeCrabe
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Mercredi 11 juin 2008

Vous connaissez le monde des Bisounours ?

Tout le monde connaît le monde des bisounours :

« Moi à mon Bisounours
Je lui fais des bisous
Des gentils, des tout doux
Des géants, des tout fous
Un bisou sur la joue
Un bisou dans le cou
Car mon p'tit Bisounours
Il adore les bisous

Refrain :
Des bisous partout OUH OUH OUH OUH
Sur le nez dans le cou OUH OUH OUH OUH
Des bisous, des bisous
Des milliers de bisous
et encore des bisous OUH OUH OUH OUH »

 
Alors ça vous revient ? Le monde des bisounours c’est un monde où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. C‘est le monde où y’a pas de méchant, où tout le monde aime tout le monde et même quand ils s’aiment pas y’a pas de souci. « Là-haut, personne n'élève jamais la voix, personne ne se comporte méchamment, ne vous répond avec brusquerie. Les Bisounours sont toute tendresse: quand quelqu'un ne se sent pas très bien, ils se dépêchent de quitter leur petit nuage et courent le réconforter par un mot gentil, une caresse et un sourire » (http://cbezombes.free.fr). Parce que même quand y’a un conflit (ce qui est très très rare) alors y’a l’arc en ciel qui réconcilie tout le monde. Et les bisounours ils sont super doux, super gentils même s’ils sont tous différents, un peu comme dans les Schtroumfs. Y’a Groscadeau, Groscascou, Groschampion, Grosecret, ensuite y’a eu Ti’coquin et Ti’coquine…alala…Pour les reconnaître y’avait la couleur mais surtout le dessin sur leur ventre…enfin je suis sûre que vous connaissez les Bisounours !

 
Et vous ne vous rendez pas trop compte mais vous aussi vous vivez dans un monde de Bisounours. Une famille aimante, une enfance heureuse, une adolescence facile, une scolarité tranquille, un petit parcours sans heurt, avec de joies, des peines, des réussite et des échecs…mais finalement rien de bien extraordinaire…

Et puis un jour vous rencontrez quelqu’un. Quelqu’un qui a vécu des moments difficiles bien plus que le jour où vous avez tenu tête à votre père vous lui avez manqué de respect et qu’il vous a filé la seule et unique gifle pour vous remettre les idées en place (et puisque vous trouviez cela inadmissible vous avez même tendu l’autre…ah l’adolescence !). Ah c’était dur sur le coup et vous avez même fugué au moins dix minutes, dans la rue, devant la baraque…Et vous vous êtes dit : c’est dégueulasse !

Quand vous rencontre quelqu’un qui a vécu des vrais moments difficiles là vous vous rendez compte que vous vivez dans un monde de bisounours. Parce que cette personne c’est le JT à elle toute seule : la vie dans les cités, des proches en prison, l’obligation de quitter l ‘école pour bosser et nourrir la famille…

Ce n’est pas que vous ignoriez tout ça, que vous ne vous rendiez pas compte de la chance que vous avez d’avoir grandi dans un environnement protégé mais d’un seul coup c’est tout proche! Et malgré la curiosité qui vous pousse à aller voir ailleurs, vous vous trouvez quand même super bien dans ce monde de Bisounours.

Avec un peu de chance la personne que vous rencontrez comprend bien que vous ne voulez pas trop sortir de votre monde de Bisounours. Alors avec subtilité et mesure, elle vous raconte par-ci par là comment c’est de vivre en dehors …

Et qui l’eu cru mais y’a des trucs trop bien en dehors du monde des Bisounours ! Alors petit à petit vous avez moins peur d’en sortir, vous faites des rencontres et votre monde de Bisounours devient de plus en plus proche de la réalité.

 Merci à tous les non-Bisounours!

 

Par PinceDeCrabe
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