Je vais vous parler de ma passion, de ce qui rythme mes journées en ces temps de recherche d’emploi. Le truc qui me motive pour sortir même s’il fait moins 8 000 dehors, même s’il pleut et que y’a de la boue partout. Mon truc à moi c’est le rugby, je vous en ai déjà parlé. Je vous ai déjà raconté comment j’en été arrivée là, à faire ce sport de brute.
Quand je suis allée à mon super rdv ANPE, je n’y ai pas coupé : « pourquoi faites-vous du rugby ? c’est un sport de brute. » Bah ça ne me surprend pas, j’ai l’habitude de me justifier ou de faire le classique plaidoyer « pourquoi y’aurait des sports de fille et des sports de mec? ».
Alors vite fait je vais tenter de vous raconter pourquoi je continuerai à me rouler dans la boue et à soulever de la fonte. Au détour de la saison sportive que je vis, je vais vous donner des petits moments de ce que je vis…et puis p-e que certain(e)s se retrouveront sur un terrain.
Ce soir je vous parle des vestiaires (ben ouai faut une bonne accroche pour que vous restiez un peu !).
Les vestiaires des entraînements n’ont pas énorme d’intérêt, même pour une lesbienne. Oui, il y a des filles à poil, mais ces filles c’est mes potes. J’avoue les premières fois j’ai maté (et j’étais même pas lesbienne à l’époque !). J’ai maté comme n’importe quelle fille qui se retrouve parmi d’autres. Allez vous ne me la faites pas, n’importe qui jette un coup d’œil vite fait. J’ai vu une fois, deux et puis après c’est comme tout on fait plus gaffe. Comme la culotte de Britney Spears ou les seins de Loana : ça devient banal.
Non le plus intéressant c’est ce qu’il se passe les jours de match. Là où toute personne extérieure à l’équipe ne rentre pas. Les joueuses, le kiné, point. La première fois que j’y suis rentrée, il a fallu que je trouve ma place. Tous les sportifs sont superstitieux ou ont leurs petites habitudes. J’ai du me faire toute petite, dans un petit coin. Le kiné était là et enchaînait les straps, les massages, ça puait la crème chauffante et ça piquait le nez. Une tension ambiante hallucinante, toutes les filles avaient le regard grave, un mp3 sur les oreilles ou prises de gigotement. Flippant ! J’ai cru assister à une cérémonie de secte : sourire, larmes, limite en transe ! J’ai commencé à flipper : on va faire un match de rugby ou on va à la guerre là ?...
Maintenant je suis habituée. Je sais que l’arrivée dans le vestiaires est toujours silencieuse, chacune a ses habitudes : le sac sur le banc, les affaires propres de côté ou un tas informe. Et puis y’a celles qui vont faire un tour, d’autres qui vont dix fois aux toilettes, celles qui rigolent et celles qui ne parlent pas. Je cherche un bout banc dans un coin, je prépare mes affaires sans un mot et je sors faire quelques pas avec des chansons punchie dans mon mp3.
Puis c’est le moment de se préparer vraiment. Les rires et les blagues disparaissent pour laisser place à un silence pesant. Chacune son petit rituel : vissés, moulés, casque, gel, les dernières retouches, les straps des sauteuses. Certaines vont s’isoler quelques minutes, certaines discutent discrètement. La plupart commencent à s’agiter. Les crampons claquent sur le carrelage. Cacophonie, puis toutes se calent sur le même rythme.
Et comme une intuition toutes se lèvent en même temps pour se retrouver en cercle, accrochées les unes aux autres par les épaules, comme un lien vital qui nous unit. C’est là qu’on puise notre énergie, que l’on va chercher nos motivations. Ce qu’on ressent est unique : mélange de stress, de peur de mal faire, de peur de s’en prendre plein la gueule. Mélange de joie d’être une fois de plus réunies et de colère artificielle contre nos futures adversaires. Parfois je désire en finir le plus vite possible, me retrouver au même endroit 2h plus tard, vite, vite. Oubliant même que c’est justement pour ces deux heures là que je galère toute la semaine dans la boue. Les dernières minutes proches et ensemble. Le temps passe toujours trop vite. Les liaisons se font plus fortes et quelques larmes coulent. Toutes cherchent la confiance. Conditionnement mental. L’arbitre nous sort de notre bulle. Juste avant de sortir, beaucoup ressentent le besoin de se lâcher, d’évacuer la pression. Un cri, pas de mot précis. Un dernier regard pour les blessées, comme une promesse. Et c’est la sortie.
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